Guide SaaS
Publié le 6 août 2026
Dev for equity: comment ça marche concrètement ?
Le dev for equity consiste à faire financer tout ou partie du développement de son produit par un studio, en échange d'une part de son capital plutôt que d'une facture pleine. Trois montages coexistent : cash classique, cash réduit contre une participation minoritaire, ou equity intégrale où le studio devient l'équipe technique. Le processus, du premier pitch au pacte d'associés signé, prend généralement 3 à 5 semaines avant la première ligne de code.
Par Fabien Maquin, Cofondateur & CEO, Krafter

Un fondateur a une idée solide, un marché qu’il connaît, et pas les 20 000 à 80 000 € qu’il faudrait pour faire développer son SaaS. Le réflexe classique est de chercher un associé technique, un CTO qui rejoint l’aventure contre des parts. Le problème : ce profil est rare, difficile à évaluer avant de travailler ensemble, et un mauvais choix coûte cher en temps perdu. Le dev for equity répond au même besoin autrement : un studio entier, déjà rodé, s’associe au projet contre une part du capital.
Le dev for equity, comment ça marche concrètement ?
Le principe tient en une phrase : le studio conçoit, développe et opère le produit contre une part du capital, en complément ou à la place du cash. Pas de jours-homme vendus, pas de compteur qui tourne : un pari partagé sur la réussite du produit. Quand le studio détient une part du capital, chaque arbitrage technique et chaque semaine de délai deviennent son problème autant que celui des fondateurs, ce qui change concrètement la façon dont le produit est construit.
Ce n’est pas un mécanisme financier abstrait : c’est un changement d’incitation très concret sur le terrain. Un prestataire facturé au temps passé n’a, structurellement, aucun intérêt financier à ce que votre produit trouve son marché plus vite : ses jours sont payés de toute façon. Un studio associé au capital n’est payé, sur la partie equity, que si le produit réussit. Cette différence oriente des décisions très pratiques, du périmètre du MVP jusqu’à la priorité donnée à un correctif de dernière minute avant un rendez-vous client important.
En dev for equity, un studio ne vend pas des jours : il engage des années. C'est pour ça qu'il choisit peu de projets, et qu'il les choisit avec la même exigence qu'un investisseur.
Quels sont les trois montages possibles ?
Le bon montage dépend de la trésorerie du projet, de son stade et de ce qu’on attend du studio :
| Montage | Ce que ça change | Idéal pour |
|---|---|---|
| Cash | Capital 100 % entre vos mains, budget et périmètre cadrés dès le départ | Trésorerie suffisante, envie de garder tout le capital |
| Cash + equity | Participation minoritaire du studio, facturation réduite en proportion | Trésorerie partielle, envie d'aligner les intérêts sans tout céder |
| Equity intégrale | Entrée au capital dès la constitution, le studio devient l'équipe technique | Pas de budget cash, conviction forte, besoin d'un vrai associé produit |
Le montage 100 % equity est le plus rare, et c’est volontaire : c’est aussi celui qui engage le plus le studio, donc le plus sélectif. Le cash + equity reste le montage le plus courant en pratique, parce qu’il baisse la facture tout en gardant un alignement d’intérêts réel sans transférer la totalité du risque produit à un seul partenaire.
Prenons un cas type pour rendre l’arbitrage concret. Un MVP SaaS classique se cadre entre 12 000 et 30 000 € HT en prestation cash pure. Sur un montage cash + equity, la facture peut descendre autour de 8 000 à 15 000 € HT, le solde étant compensé par une participation minoritaire au capital, définie au cas par cas selon l’apport réel du studio et le risque qu’il prend sur un produit encore sans traction. Sur un montage 100 % equity, il n’y a plus de facture du tout : le studio finance entièrement le développement sur son propre temps, en échange d’une entrée au capital dès la constitution de la société. Le curseur exact se négocie, mais l’ordre de grandeur donne une base de discussion honnête dès le premier pitch.
Quel est le processus, du pitch au produit ?
Cinq étapes, dans cet ordre, chacune posée par écrit avant de passer à la suivante :
- Le pitch (30 minutes). Vous présentez le problème, le marché et vos preuves. Réponse franche généralement sous une semaine : si le projet ne correspond pas aux critères, un studio sérieux le dit tout de suite, avec les raisons. Un non rapide vaut mieux qu’un peut-être qui traîne des mois.
- La due diligence mutuelle (2 à 4 semaines). Le studio creuse le marché, le problème et la capacité d’exécution des fondateurs. Les fondateurs vérifient la sienne : produits en accès libre, clients joignables, méthode transparente. Un engagement de plusieurs années se vérifie dans les deux sens.
- Le pacte d’associés. Répartition du capital, périmètre, jalons, gouvernance, clauses de sortie : tout est posé noir sur blanc avant la première ligne de code.
- Le build et le go-to-market (8 à 12 semaines). MVP en production, releases hebdomadaires, itérations pilotées par l’usage réel : la même méthode que pour les produits maison du studio.
- La suite, dans la durée. Un vrai associé ne livre pas puis disparaît. Le studio reste au capital et au clavier : run, évolutions, montée en charge.
Ce rythme n’a rien de théorique : Melimelo, Trottr, Kascade et Smashr, les quatre produits maison de Krafter, sont sortis exactement selon cette méthode, détaillée dans notre méthode, avec la même équipe qui prend en charge les projets en dev for equity.
La due diligence mutuelle mérite un mot de plus, parce qu’elle est souvent sous-estimée côté fondateurs. Elle ne se limite pas à vérifier que le studio sait coder : elle porte sur sa capacité à tenir un engagement de plusieurs années, sa solidité financière propre, et la cohérence entre ce qu’il promet et ce qu’il a déjà livré. Un studio qui refuse de montrer ses produits en production, de mettre en relation avec des clients existants, ou qui reste flou sur son fonctionnement interne envoie un signal clair avant même la première clause du pacte.
Qu’est-ce qu’un pacte d’associés, et pourquoi il change tout ?
Le pacte d’associés est un contrat, généralement confidentiel, conclu entre associés pour organiser leurs rapports et anticiper les situations sensibles, en complément des statuts de la société (pacte d’associés, Bpifrance Création). C’est ce document, pas une poignée de main, qui protège les deux parties le jour où un désaccord survient.
Deux clauses comptent particulièrement dans un montage dev for equity. La première concerne l’échec : si le produit ne trouve pas son marché, le pacte définit ce qui se passe pour chacun. Côté studio, une protection standard figure systématiquement : la technologie développée reste sa propriété si l’aventure s’arrête. Le studio prend le risque d’accompagner un produit qui échoue, pas celui de perdre à la fois son temps et sa technologie. La seconde concerne la sortie anticipée d’un associé, encadrée par un mécanisme de vesting : l’acquisition progressive des parts sur plusieurs années, pour éviter qu’un associé qui part au bout de six mois reparte avec une part disproportionnée du capital au détriment de ceux qui restent.
Quelle part du capital un studio prend-il, et pourquoi minoritaire ?
Il n’existe pas de règle unique : la part dépend de ce que le studio apporte, du stade du projet et du risque pris. Mais dans la grande majorité des montages sérieux, la participation reste minoritaire, pour une raison simple : les fondateurs doivent rester maîtres de leur société, y compris face à d’éventuels investisseurs futurs qui regarderont de près la table de capitalisation. Un studio qui réclame une part majoritaire dès le premier tour n’est plus un associé technique, c’est un rachat déguisé.
La répartition des rôles reste claire tout au long du projet : les fondateurs portent le métier, le marché et la vente. Le studio porte le produit et la technique. Chacun fait ce qu’il sait faire, personne ne pilote personne, et c’est cette complémentarité, pas seulement le pourcentage négocié, qui détermine si le montage tient dans la durée.
Garder une participation minoritaire n’est pas qu’une question de confort pour les fondateurs : c’est aussi ce qui protège la capacité du projet à lever des fonds plus tard. Un futur investisseur regarde la table de capitalisation dans son ensemble avant d’entrer au capital (levée de fonds, Bpifrance Création) : une part disproportionnée déjà cédée à un prestataire technique, sans lien avec la traction du produit, complique la suite plus qu’elle ne la facilite.
Quelles erreurs coûtent le plus cher en négociant un dev for equity ?
Trois erreurs reviennent le plus souvent côté fondateurs, avant même de parler de pourcentage :
- Négocier le pourcentage avant le périmètre. Combien de parts pour quoi exactement, jusqu’où va l’engagement du studio, avec quelle roadmap : ces questions doivent être tranchées avant le chiffre, jamais après.
- Signer sans clause de sortie claire côté fondateurs aussi. Le pacte protège le studio si le produit échoue, il doit tout autant protéger les fondateurs si le studio n’exécute pas ce qui avait été promis. Un pacte équilibré prévoit les deux sens.
- Confondre associé technique et prestataire pas cher. Un studio en dev for equity attend une vraie coopération sur le produit, pas un cahier des charges à exécuter sans discussion. Aborder la relation comme une sous-traitance à bas coût casse l’alignement d’intérêts qui justifie le montage.
Pour quels projets le dev for equity est-il la bonne réponse ?
Il faut le dire honnêtement, parce qu’un studio qui accepte tout par principe n’engage sérieusement personne : le dev for equity ne convient pas à tous les projets, et un studio qui prend de l’equity sélectionne peu de dossiers. Trois critères reviennent systématiquement dans l’évaluation :
- Un problème réel et douloureux, pas une idée d’application séduisante sur le papier. La preuve qu’il existe, clients potentiels identifiés, lettres d’intention, premières ventes, pèse plus qu’un pitch deck soigné.
- Un marché accessible et solvable. Une idée brillante sur un marché trop étroit ou trop lent à convertir ne rend pas service à un associé qui engage plusieurs années.
- Des fondateurs qui cherchent des associés, pas des exécutants. Ce montage suppose une répartition claire des rôles : le studio n’est pas là pour exécuter un cahier des charges à la lettre, mais pour co-construire le produit.
Si votre dossier ne coche pas ces critères aujourd’hui, ce n’est pas nécessairement un non définitif : c’est souvent une question de maturité du marché ou de preuve à apporter avant de revenir. Un problème réel mais un marché encore flou se retravaille en quelques semaines de discovery avant de repitcher. Une idée séduisante mais sans aucune preuve d’intérêt client se confronte d’abord au terrain, pas au tableau blanc. Et si le dev for equity n’est finalement pas le bon montage pour votre projet, la prestation classique en cash reste une option ouverte, avec la même méthode et la même équipe : le studio qui vous dit non aujourd’hui sur ce montage précis n’est pas un studio qui refuse de travailler avec vous.
Un bon dossier de pitch tient en peu de choses : le problème, la preuve qu’il existe, votre plan de mise sur le marché, et ce que vous attendez du studio. Pitch deck facultatif, lucidité obligatoire. Si votre projet coche ces cases, présentez-le nous : 30 minutes suffisent pour savoir si l’envie est réciproque.
L’auteur
Fabien Maquin
Cofondateur & CEO de Krafter, il porte la vision produit du studio avec une double casquette : celle de l’utilisateur final et celle du développeur.
FAQ
Questions fréquentes
Le dev for equity consiste à faire concevoir et développer son produit par un studio en échange d'une part de son capital, en complément ou à la place d'une facturation classique. Le studio devient associé : il ne gagne que si le produit trouve son marché, ce qui aligne ses intérêts sur ceux des fondateurs plutôt que sur des jours facturés.
Ça dépend de ce que le studio apporte, du stade du projet et du risque pris. La participation reste minoritaire dans la plupart des cas : les fondateurs restent maîtres de leur société. La répartition exacte se négocie et se pose noir sur blanc dans le pacte d'associés, avant la première ligne de code.
Le pacte d'associés est un contrat qui organise les rapports entre associés et anticipe les situations sensibles : répartition du capital, gouvernance, sortie d'un associé (Bpifrance Création). Il se signe avant la première ligne de code pour que chacun sache ce qu'il apporte, ce qu'il détient, et ce qui se passe dans chaque scénario, y compris un échec.
Le pacte prévoit des jalons et des clauses de sortie claires pour les deux parties. Une protection y figure systématiquement côté studio : si l'aventure s'arrête, la technologie développée reste sa propriété. Le studio prend le risque d'accompagner un produit qui ne perce pas, pas celui de perdre sa technologie en plus de son temps investi.
Non, et un studio sérieux le dit franchement. L'equity engage un studio sur des années de son propre temps : il sélectionne peu de projets, ceux avec un problème réel et douloureux, un marché solvable, et des fondateurs qui connaissent leur terrain. Si le montage ou le moment ne convient pas, la prestation classique en cash reste une option ouverte.
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30 minutes en visio avec un fondateur. Réponse en 24/48h. Pitch deck facultatif.