Guide SaaS
Publié le 27 octobre 2026
Facture électronique : ce que votre SaaS doit changer avant 2027
Depuis le 1er septembre 2026, toutes les entreprises doivent recevoir leurs factures électroniques via une plateforme agréée, et les grandes entreprises et ETI doivent les émettre ; les PME et microentreprises suivent le 1er septembre 2027. Un SaaS qui facture ses clients n'a pas à réécrire sa facturation pour la facture électronique : il doit se brancher par API sur une plateforme agréée, ajouter les données obligatoires et suivre les statuts. Comptez 2 000 à 15 000 € HT selon la complexité de l'interfaçage.
Par Fabien Maquin, Cofondateur & CEO, Krafter

Votre SaaS envoie sans doute ses factures en PDF, produites par Stripe ou par votre propre code. Si votre entreprise est une PME, ce PDF ne suffira plus pour vos clients professionnels français le 1er septembre 2027. Ce guide dit ce qui change, ce qu’il faut modifier dans le produit, et pourquoi la bonne réponse est un branchement propre, pas une réécriture : c’est la règle que nous appliquons à chaque SaaS que nous développons.
Qu’est-ce que la facture électronique obligatoire change pour un SaaS ?
La facture électronique obligatoire change le canal, pas le fond. Vos factures aux entreprises françaises doivent partir dans un format structuré, par une plateforme agréée par l’État, et certaines de leurs données remontent à l’administration fiscale. Les règles de TVA et les mentions habituelles restent valables ; un PDF envoyé par mail, lui, n’est plus conforme.
Une facture électronique est une facture émise dans un format structuré normé (UBL, CII ou Factur-X), qui circule de la plateforme agréée du fournisseur à celle du client, dont le logiciel la lit sans ressaisie. Un PDF, même produit automatiquement, n’en est pas une.
La réforme a trois volets :
- la facturation électronique, entre entreprises établies en France et assujetties à la TVA ;
- le e-reporting de transaction, pour les ventes aux particuliers et à l’étranger ;
- le e-reporting de paiement, pour les prestations de services dont la TVA est due à l’encaissement.
Le e-reporting est la transmission périodique à l’administration, via une plateforme agréée, des données de ventes qui ne passent pas par une facture électronique et des encaissements de certaines prestations. Votre client particulier ou étranger, lui, reçoit sa facture comme avant.
Plus de 10 millions d’acteurs économiques sont concernés, selon le ministère de l’Économie. Pour un éditeur, deux cas se présentent :
- Votre SaaS facture ses abonnés. Vos factures aux clients professionnels français deviennent électroniques à votre échéance.
- Votre logiciel métier émet les factures de vos utilisateurs. Il devient une « solution compatible », et vos clients en ont besoin pour respecter leur propre obligation.
Quel est le calendrier de la facturation électronique obligatoire ?
Depuis le 1er septembre 2026, toutes les entreprises assujetties à la TVA doivent pouvoir recevoir des factures électroniques, et les grandes entreprises et ETI doivent les émettre. Les PME et les microentreprises doivent émettre leurs factures électroniques et transmettre leur e-reporting à partir du 1er septembre 2027. L’administration rappelle que ce calendrier légal est maintenu.
Le calendrier, d’après le ministère de l’Économie, avec les seuils de la DGFiP appréciés par SIREN :
| Taille de l'entreprise | Seuils | Réception | Émission et e-reporting |
|---|---|---|---|
| Grande entreprise | Au-delà des seuils des ETI | 1er septembre 2026 | 1er septembre 2026 |
| Entreprise de taille intermédiaire (ETI) | 250 à 5 000 salariés, chiffre d'affaires sous 1,5 Md€ ou bilan sous 2 Md€ | 1er septembre 2026 | 1er septembre 2026 |
| PME | 10 à 250 salariés, chiffre d'affaires sous 50 M€ ou bilan sous 43 M€ | 1er septembre 2026 | 1er septembre 2027 |
| Microentreprise | Moins de 10 salariés, chiffre d'affaires ou bilan sous 2 M€ | 1er septembre 2026 | 1er septembre 2027 |
Pour un éditeur de SaaS de taille PME, l’émission devient obligatoire le 1er septembre 2027. La réception est déjà due : si votre entreprise n’a pas encore de plateforme de réception, commencez par là.
Et si vous ne faites rien ? L’administration n’applique pas de sanctions aux entreprises engagées dans une mise en conformité sérieuse jusqu’à fin 2026, sans que cette tolérance vaille report. Ensuite, le code général des impôts, modifié par la loi de finances pour 2026, prévoit :
- 50 € par facture non émise au format électronique, dans la limite de 15 000 € par an ;
- 500 € par transmission de e-reporting manquée, dans la même limite de 15 000 € par an ;
- pour la réception, une mise en demeure de trois mois, puis 500 €, puis 1 000 € par nouveau trimestre de retard.
Pour l’émission et le e-reporting, une première infraction réparée sous trente jours n’est pas sanctionnée. Le vrai risque est commercial : un logiciel métier non branché perdra ses clients en 2027, et un SaaS qui envoie encore des PDF s’expose à des demandes de régularisation.
Plateformes agréées, portail public, formats : qui fait quoi ?
La plateforme agréée fait l’essentiel : elle reçoit la facture de votre logiciel, la contrôle, la convertit si besoin, l’achemine vers la plateforme du client et transmet les données utiles à l’administration. Le portail public de facturation tient l’annuaire et collecte les données fiscales. Votre SaaS, lui, fournit des données justes et suit les statuts.
Une plateforme agréée est un opérateur privé immatriculé par l’administration fiscale pour trois ans renouvelables, qui émet, transmet et reçoit les factures électroniques et transmet les données de facturation, de transaction et de paiement à l’administration. Elle s’appelait auparavant plateforme de dématérialisation partenaire (PDP).
La liste officielle sur impots.gouv.fr, mise à jour le 22 septembre 2026, compte 149 opérateurs immatriculés définitivement et 14 en attente de leurs tests d’interopérabilité. Le choix est libre et révisable à tout moment. Nous ne recommandons aucune plateforme : le bon choix dépend de vos flux et de la qualité de l’API.
Le portail public de facturation (PPF) est l’infrastructure de l’État qui tient l’annuaire des entreprises et de leur plateforme de réception, et qui concentre les données transmises à l’administration fiscale. Recentré sur ces deux rôles depuis octobre 2024, il n’achemine pas les factures : votre SaaS n’y dépose rien.
Toutes les plateformes acceptent un socle de trois formats conformes à la norme européenne EN 16931 : UBL et CII, des fichiers XML de données pures, et Factur-X. Factur-X est un format de facture hybride qui embarque un fichier XML structuré dans un PDF lisible : un humain lit la facture, un logiciel la traite sans ressaisie. Contrairement à un PDF classique, il exige des données justes à la source, ce qui implique de nettoyer votre base clients avant d’émettre. La norme AFNOR XP Z12-013 encadre en outre les API des plateformes : une plateforme qui la respecte coûte moins cher à quitter.
| Acteur | Ce qu'il fait | Ce qu'il ne fait pas |
|---|---|---|
| Votre SaaS | Calcule la facture, collecte les données obligatoires, l'envoie à la plateforme, traite les statuts | N'envoie plus la facture au client professionnel |
| Plateforme agréée | Contrôle, convertit, achemine, transmet les données et le e-reporting | Ne connaît ni vos tarifs ni vos règles métier |
| Portail public de facturation | Tient l'annuaire, concentre les données fiscales | N'achemine pas les factures entre entreprises |
| Stripe | Encaisse, crée les factures, expose leurs données par API | Ne génère ni ne transmet seul de facture électronique conforme |
Que doit changer un SaaS pour émettre des factures électroniques ?
Un SaaS doit changer cinq choses, et aucune n’exige de réécrire sa facturation : choisir une plateforme agréée dotée d’une API, collecter les données obligatoires, envoyer chaque facture à la plateforme plutôt qu’au client, traiter les statuts qui reviennent, et déclarer en e-reporting ce qui ne passe pas en facture électronique.
- Choisir une plateforme agréée qui expose une API. Une API est une porte d’entrée qui permet à deux logiciels d’échanger des données automatiquement, sans ressaisie. Exigez une documentation publique, un environnement de test, le e-reporting et le renvoi des statuts par API : c’est la base d’un interfaçage API solide.
- Collecter les données à la source. Quatre mentions deviennent obligatoires : le SIREN du client, la catégorie de l’opération (prestation de services pour un SaaS), l’option pour la TVA sur les débits le cas échéant, et l’adresse de livraison si elle diffère. Les données structurées obligatoires passent de 26 en 2026 à 34 en 2027. Le SIREN devient un champ obligatoire de l’inscription.
- Envoyer la facture à la plateforme, plus au client. Le calcul ne change pas, seul l’envoi passe par l’API. Selon son offre, la plateforme accepte Factur-X, UBL ou CII et convertit au format attendu par le client.
- Traiter les statuts de cycle de vie. Un statut de cycle de vie est un message normé qui indique où en est une facture, de son dépôt à son encaissement ; votre logiciel doit le stocker et agir. Quatre sont obligatoires : déposée, rejetée, refusée, encaissée. Une facture rejetée se corrige et se renvoie ; une facture refusée s’annule par un avoir interne, et la suivante prend un nouveau numéro.
- Déclarer le reste en e-reporting. La plateforme transmet les montants cumulés par jour et par taux de TVA pour les particuliers, les données facture par facture pour les clients étrangers. Au réel normal mensuel, les transactions partent trois fois par mois.
Un abonnement SaaS est une prestation de services : sauf option pour la TVA sur les débits, la TVA est due à l’encaissement, et chaque paiement doit remonter avec le statut « encaissée ». L’option pour les débits supprime cette obligation : tranchez-la avec votre expert-comptable avant d’écrire une ligne de code.
Et si votre logiciel émet les factures de vos utilisateurs ?
Votre logiciel devient une solution compatible. Une solution compatible est un logiciel de facturation, de gestion ou métier qui prépare les factures et les transmet par une plateforme agréée, sans être immatriculé lui-même. La DGFiP pose deux conditions cumulées : offrir les fonctionnalités attendues par la réforme et être connecté à au moins une plateforme agréée.
Vos utilisateurs restent libres de choisir leur plateforme. Démarrez avec une plateforme partenaire branchée par API, isolez ce branchement dans un seul module, ajoutez-en une deuxième quand vos clients la demandent. C’est un sujet d’architecture avant d’être un sujet de facturation, le terrain d’un développement sur mesure soigné.
Ne devenez pas plateforme agréée vous-même : garanties de sécurité, tests d’interopérabilité, renouvellement tous les trois ans, et des amendes propres aux plateformes jusqu’à 100 000 € par an. C’est un métier, pas une fonctionnalité.
Un SaaS qui facture ses clients ne doit pas réécrire sa facturation pour la facture électronique : il doit la brancher par API sur une plateforme agréée, compléter les données obligatoires et traiter quatre statuts. Le format, l'acheminement et la transmission à l'administration sont le travail de la plateforme.
Stripe suffit-il pour la facture électronique ?
Non. Sa documentation l’écrit sans détour : Stripe Invoicing crée les factures et expose leurs données par API et webhooks, mais ne génère ni ne transmet seul de facture électronique conforme. Il faut ajouter une plateforme agréée, par une application de la marketplace Stripe ou par une intégration sur mesure. Stripe reste votre outil d’encaissement.
Un webhook est un message automatique qu’un service envoie à votre logiciel quand un événement se produit, comme la création d’une facture. La documentation de Stripe sur la facture électronique décrit deux voies : une application de la marketplace, sans code, qui lit, convertit et transmet vos factures ; ou une intégration par webhooks, plus souple, qui envoie les données à la plateforme de votre choix.
Stripe conseille d’écouter la création de la facture plutôt que sa finalisation : une facture finalisée ne peut plus être corrigée si la plateforme la rejette. Même avec une application, le SIREN, les statuts visibles par votre support et la cohérence des avoirs restent chez vous, et le e-reporting dépend du prestataire : vérifiez-le avant d’installer quoi que ce soit.
Les erreurs classiques d’un SaaS sur Stripe :
- collecter le SIREN après coup, et relancer toute la base clients ;
- finaliser la facture avant le contrôle de la plateforme ;
- réutiliser le numéro d’une facture refusée ;
- oublier le e-reporting des particuliers et des clients étrangers ;
- oublier le statut « encaissée », faute d’avoir tranché l’option pour les débits ;
- renvoyer par habitude le PDF par mail ou dans l’espace client, alors que le guide de la DGFiP demande d’éviter ces doubles systématiques.
Combien coûte la mise en conformité d’un SaaS, et quand ne rien développer ?
Chez Krafter, brancher un SaaS sur une plateforme agréée coûte 2 000 à 5 000 € HT pour un interfaçage simple, 5 000 à 15 000 € HT quand il faut gérer plusieurs flux, le e-reporting ou les factures de vos utilisateurs. Les évolutions suivent au temps passé. Et parfois, mieux vaut ne rien développer.
| Situation | Ce qu'il faut faire | Budget indicatif HT | Idéal pour |
|---|---|---|---|
| Abonnements standards facturés dans Stripe | Application de la marketplace reliée à une plateforme agréée | Pas d'interfaçage, abonnement de la plateforme | Un SaaS jeune aux factures simples |
| Facturation maison, clients professionnels français | Interfaçage simple : envoi des factures, lecture des statuts | 2 000 à 5 000 € | Un flux, une plateforme, des données propres |
| Clients mixtes : entreprises, particuliers, étranger | Interfaçage complexe : facture électronique, e-reporting, statut « encaissée » | 5 000 à 15 000 € | Un SaaS en croissance |
| Logiciel métier qui facture pour ses utilisateurs | Interfaçage complexe isolé dans un module | 5 000 à 15 000 € | Un éditeur dont la facturation est au cœur du produit |
| Après la mise en service | Maintien en conditions, puis évolutions | 8 à 12 % du développement par an, puis 700 à 1 100 € par jour | Suivre les normes et la plateforme |
Ces prix tiennent parce que le chantier est un interfaçage, pas une réécriture : deux associés seniors, un socle open source éprouvé, l’IA pour écrire une grande partie du code et une relecture de chaque ligne. La tierce maintenance applicative suit ensuite les évolutions des spécifications.
Prenons un scénario type. Un SaaS B2B, PME française, facture des abonnements mensuels avec Stripe, surtout à des entreprises françaises, parfois à des indépendants à l’étranger. Il garde Stripe, choisit une plateforme avec API et e-reporting, et rend le SIREN obligatoire. Chaque facture créée part vers la plateforme, chaque paiement déclenche le statut « encaissée », les ventes à l’étranger partent en e-reporting. Trois flux : un interfaçage complexe, dans le bas de la fourchette. L’éditeur émet ensuite en volontaire avec quelques clients avant l’échéance, ce que le guide pratique de la DGFiP autorise, avec retour possible à l’ancien circuit en cas d’échec.
Trois cas où développer est une erreur :
- Des abonnements standards dans Stripe. Une application de la marketplace reliée à une plateforme agréée suffit : vous n’avez pas besoin de nous.
- Une facturation déjà gérée par un logiciel de facturation ou de comptabilité. S’il est connecté à une plateforme agréée, il fait le travail.
- Peu de factures professionnelles. D’après le ministère de l’Économie, une entreprise sans logiciel peut créer ses factures directement sur sa plateforme agréée.
Dans tous les autres cas, la règle tient en une phrase : ne réécrivez pas votre moteur de facturation, branchez-le. Le simulateur de budget situe votre projet en 8 questions, et notre article sur le coût réel d’un SaaS pour une PME replace ce poste dans un budget sur trois ans.
Que faire avant le 1er septembre 2027 ?
Commencez maintenant : il reste dix mois avant l’échéance des PME, et le premier chantier est la donnée, pas le code. Vérifiez votre réception, ajoutez le SIREN au produit, tranchez l’option pour les débits, choisissez une plateforme dotée d’une API, puis branchez-la et testez-la sur quelques clients volontaires avant l’été 2027.
Prévoyez aussi le suivi : les spécifications de l’administration évoluent, et leur version 3.2 date du 30 avril 2026.
Si votre SaaS facture ses clients, ou si votre logiciel métier facture pour les siens, parlez-nous de votre facturation : un des deux fondateurs vous répond sous 24 à 48 heures, avec un avis franc sur ce qu’il faut brancher, et sur ce qu’il vaut mieux ne pas développer.
L’auteur
Fabien Maquin
Cofondateur & CEO de Krafter, il porte la vision produit du studio avec une double casquette : celle de l’utilisateur final et celle du développeur.
FAQ
Questions fréquentes
Une PME doit émettre ses factures électroniques et transmettre ses données de e-reporting à partir du 1er septembre 2027, comme les microentreprises. La réception est déjà obligatoire pour toutes les entreprises depuis le 1er septembre 2026, via une plateforme agréée. Les grandes entreprises et les ETI émettent en électronique depuis cette même date.
Non. D'après sa documentation, Stripe Invoicing crée les factures et expose leurs données par API et webhooks, mais ne génère ni ne transmet seul de facture électronique conforme. Pour la France, il faut ajouter une plateforme agréée, via une application de la marketplace Stripe ou une intégration sur mesure. Stripe reste l'outil d'encaissement.
C'est un opérateur privé immatriculé par l'administration fiscale pour trois ans renouvelables, autrefois appelé PDP. Il émet, transmet et reçoit les factures électroniques, et transmet les données fiscales à l'administration. La liste officielle publiée sur impots.gouv.fr comptait 149 opérateurs immatriculés au 22 septembre 2026. Un SaaS s'y connecte par API.
Chez Krafter, brancher un logiciel sur une plateforme agréée coûte 2 000 à 5 000 € HT pour un interfaçage simple, et 5 000 à 15 000 € HT quand il faut gérer plusieurs flux, le e-reporting ou les factures de vos utilisateurs. Les évolutions suivent au temps passé, de 700 à 1 100 € HT par jour.
Le code général des impôts prévoit 50 € par facture non émise au format électronique, dans la limite de 15 000 € par an, et 500 € par transmission de e-reporting manquée, avec le même plafond. L'administration annonce une phase de tolérance jusqu'à fin 2026 pour les entreprises engagées dans une mise en conformité sérieuse.
Oui. Les ventes aux particuliers et aux clients établis à l'étranger ne passent pas par une facture électronique, mais leurs données doivent être transmises à l'administration via une plateforme agréée : montants cumulés par jour et par taux de TVA pour les particuliers. La fréquence dépend du régime de TVA, trois fois par mois au réel normal mensuel.
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